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Friedensreich Hundertwasser

Le sol ondulé

Le sol plan est une invention des architectes. Il convient aux machines, pas à l’homme.

Les hommes n’ont pas seulement des yeux pour voir ce qui est beaux, des oreilles pour entendre ce qui est beau, un nez pour sentir ce qui est beau. L’homme a aussi une sensibilité tactile.

Lorsque l’homme moderne est contraint de marcher sur des surfaces toutes droites, bétonnées, planes, conçues sans réflexion, tracées à la règle dans les bureaux des architectes, lorsqui’il est aliéné de son contract naturel et immémorial avec la terre, une part cruciale de son être s’atrophie et les conséquences sont catastrophique pour son psychisme, son équilibre psychologique, son bien-être et sa santé.

L’homme perd l’habitude de sentir, de ressentir son environnement et tombe psychiquement malade.

Un sol vivant, irrégulier, signifie que l’homme a retrouvé la dignité que l’urbanisme nivellateur lui avait retirée.

Le promenoir au sol inégal devient une symphonie, une mélodie pour les pieds.

L’homme tout entier est dynamisé.

imageL’architecture doit élever l’homme et non pas l’abaisser. On aimera aller et venir sur un sol inégal pour se détendre et retrouver son équilibre.

Hundertwasser
Avril 1991

(traduit par Hundertwasser)

Mersenne: L’Harmonie Universelle

Marin Mersenne

Sue-Ying Koang ; Vanessa Monteventi ; Emilie Mory ; Pablo Garrido ; Henrikke Rynning

Ode à la nature

« Les gens devraient vivre en imitant la nature. Suivez vos désirs, et vous tomberez dans un bourbier de confusions. La nature, elle, accomplit la vérité en silence. Elle ne cherche pas à être admirée ou louée. Nulle part il n’est dit qu’elle sera récompensée proportionnellement à ce qu’elle accomplit. Le temps venu, elle laisse les fleurs éclore et, si silencieusement, avec ou sans nos louanges, elle fait ce qu’elle a à faire puis s’en va toujours silencieusement. Voilà ce qu’Être, ce que sont les enseignements, la vérité. »

Ekiho Miyazaki

Maître Ekiho Miyazaki (1902-2008), moine Zen Soto, abbé du monastère Eiheiji (Japon)

Mohandas Gandhi

Mohandas Gandhi

On Nonviolent Resistance, July 27th 1916

There are two ways of countering injustice. One way is to smash the head of the man who perpetrates injustice and to get your own head smashed in the process. All strong people in the world adopt this course. Everywhere wars are fought and millions of people are killed. The consequence is not the progress of a nation but its decline… Pride makes a victorious nation bad-tempered. It falls into luxurious ways of living. Then for a time, it may be conceded, peace prevails. But after a short while, it comes more and more to be realized that the seeds of war have not been destroyed but have become a thousand times more nourished and mighty. No country has ever become or will ever become happy through victory in war. A nation does not rise that way, it only falls further. In fact, what comes to it is defeat, not victory. And if, perchance, either our act or our purpose was ill-conceived, it brings disaster to both belligerents.

But through the other method of combating injustice, we alone suffer the consequences of our mistakes, and the other side is wholly spared. This other method is satyagraha. One who resorts to it does not have to break another’s head; he may merely have his own head broken. He has to be prepared to die himself suffering all the pain. In opposing the atrocious laws of the Government of South Africa, it was this method that we adopted. We made it clear to the said Government that we would never bow to its outrageous laws. No clapping is possible without two hands to do it, and no quarrel without two persons to make it. Similarly, no State is possible without two entities, the rulers and the ruled. You are our sovereign, our Government, only so long as we consider ourselves your subjects. When we are not subjects, you are not the sovereign either. So long as it is your endeavor to control us with justice and love we will let you do so. But if you wish to strike at us from behind we cannot permit it. Whatever you do in other matters, you will have to ask our opinion about the laws that concern us. If you make laws to keep us suppressed in a wrongful manner and without taking us into confidence, these laws will merely adorn the statute books. We will never obey them. Award us for it what punishment you like, we will put up with it. Send us to prison and we will live there as in a paradise. Ask us to mount the scaffold and we will do so laughing. Shower what sufferings you like upon us; we will calmly endure all and not hurt a hair of your body. We will gladly die and will not so much as touch you. But so long as there is yet life in these our bones, we will never comply with your arbitrary laws.

Pierre Rabhi

Banff trees
Trees in Banff

Un arbre en ma mémoire

Un arbre unique et solitaire fait offrande de ses ramures au ciel incandescent. Nul ne sait par quel stratagème il a, dès son enfance, échappé à la main prédatrice de l’homme armé de fer, à la dent avide, de l’animal famélique, à la rareté de l’eau et au dard du soleil plus que nulle part au sommet de son ardeur. Alentour est le désert infini submergé de silence séculaire parfois troublé par la rumeur lointaine de troupeaux évanescents allant sur les dunes et les immenses plateaux ensemencés de rocailles.

Ici, l’espace et le temps sont confondus l’un par l’autre tenus, et n’ont d’autre mesure que la démesure de l’éternité. Dans cette vastitude lunaire librement parcourue de bise en février ou de vent en ouragan de sable, rugissant d’une fureur dont on ne sait la raison, l’arbre demeure en patience témoin superbe et pathétique d’un temps révolu. En m’approchant de la colline où il se tient en vigile de silence, il grandit à mes yeux. Il s’anime à mes oreilles et la main qui en caresse le tronc me dit sa puissance. Des battements sourds se font entendre. Je ne sais d’abord leur provenance, ils sont de mon propre cœur. Car ici la rareté de la vie donne à la vie sa vraie mesure. Et en contemplant cet être magnifique drapé des secrets d’une longue histoire qu’il est seul à pouvoir conter, j’imagine ses innombrables compagnons que la terre nourrissait pour en être mieux nourrie.

Et dans cette réciprocité vitale s’exprimait toute l’intelligence de la vie car l’arbre n’est pas seulement racine, tronc, branche et feuillage, il est un pont vertical unissant les forces telluriques à celles du cosmos. Il est prière incessante adressée à l’univers pour attirer tous les bienfaits de la vie sur la terre et les humains et sur toute créature de la création. Tuer les arbres hors des nécessités d’une vie simple, c’est commettre un grave préjudice à la vie. C’est un délit passible des plus grandes tristesses. Les arbres disparus, il ne restera plus que vide et solitude et désert jusque dans les cœurs.

Pierre Rabhi

Extrait du magazine de TERRE & Humanisme n° 84